...et le texte devient support



En même temps que je peignais, que je dessinais, j'écrivais beaucoup sur des sujets divers mais essentiellement métaphysiques ou existentialistes, des sujets que l'on garde au fond de soi. Je passais autant de temps à écrire qu'à dessiner. C'était un besoin.


L'homme s'arrêta, le regard fixé vers la mer, vers l'horizon. Pas un mot, pas un souffle comme pour mieux aborder les mystères insondables de cette merveille naturelle. Il attendait un message, un déclic qui d'un seul coup lui ouvrirait les yeux, l'entraînerait vers ce monde qu'il sentait à portée de main sans qu'il puisse y pénétrer. Il refusait d'admettre que les fruits du hasard aient pu conduire à une telle réussite. Il était persuadé qu'il lui manquait une clé pour pouvoir, enfin, franchir ce monde. Il était persuadé que cette clé était là, devant lui, dans la nature, et qu'il lui fallait la chercher.

Sans cesse harcelé par ses origines, sa raison d'être, cet homme vouera sa vie à la recherche d'une réponse satisfaisante à ses yeux. Il aurait voulu apprendre, lire des milliers de livres qui lui auraient donné la connaissance de l'homme. Mais en même temps il s'en sentait incapable. Non pas qu'il fut incapable d'en saisir le sens, les subtilités mais il craignait que sa démarche personnelle ne fut entachée par l'une des idées qu'il aurait pu retirer d'une de ces quelconques lectures. Il voulait que sa démarche soit sienne et non le fruit de la démarche d'un autre. Il ne voulait en fait que la nature pour maître. Reprendre les choses à zéro, redisséquer lui même toutes ces choses, tous les phénomènes sans aide extérieure, sans rien devoir à personne. Il ne se servait pour cela que de sa logique. Une logique qu'il disait pure et implacable.

Il aimait se mettre à la place de ces grands hommes qui ont ponctué l'histoire de l'humanité, se mettre dans leur peau pour retrouver, seul, la démarche intellectuelle qui les avait conduits à leur découverte. Il voulait expliquer, sans tenir compte des idées reçues, le pourquoi de cha­que chose tout en mettant en avant les moyens utilisés pour parvenir à ces déductions. Son défi était immense, il s'attaqua tour à tour à Dieu, l'homme et la matière.

Sans le vouloir vraiment, il s'isola petit à petit du monde comme si, inconsciemment, c'était le seul moyen pour lui d'approcher "le grand mystère". Cet isolement intellectuel l'entraîna aussi vers un autre isolement. Ce refus de culture des autres diminuera ses facultés à communiquer avec autrui. S'il savait résoudre rapidement un problème par la pensée et en donner le résultat, il lui était souvent difficile d'en expliquer verbalement la démarche. Sa force de pensée était telle qu'elle accaparait constamment son esprit. Il ne pouvait aligner deux phrases à la suite sans que cette pensée ne lui joue des tours. Il pensait à une chose en même temps qu'il parlait d'autre chose. Mais il pensait beaucoup plus vite qu'il ne parlait et son attention se portait en priorité sur cette pensée, délaissant la parole. si bien qu'au bout de quelques mots il ne savait plus ou il en était, il s'embrouillait.

C'est pourquoi il vécut reclus, évitant d'engager la conversation, se contentant de ce que les autres appellent, l'essentiel.

Extrait "d'Itiniéraire d'un zèbre" Michel CORBRION

J'ai subitement compris qu'une nouvelle voie artistique s'ouvrait à moi. Toutes ces réflexions que j'avais eues dans le passé, toute cette culture du dessin et de la peinture que j'avais acquise au fil des années devaient immanquablement se rencontrer. Il ne me restait plus qu'à les réunir, à les mettre en œuvre. J'allais pouvoir mettre en accord ces textes que je gardais jalousement au fond de moi avec ma peinture. J'allais les mettre en images.