Ceux qui m'ont précédé
Continuera-t-il d'exister après moi ?
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Ma réflexion
Je me suis souvent projeté dans le passé. Et quand je parle du passé, je remonte presque toujours jusqu’à la préhistoire.
Imaginer toutes ces personnes dont je suis issu. Imaginer le nombre de personnes, qui se chiffre en milliards, je suppose, et qui ont été nécessaires pour me façonner, pour faire de moi la personne que je suis aujourd’hui.
Je suis la projection de toutes ces personnes. J’ai, au fond de moi, une part qui de chacune d’elles.
C’est assez troublant.
Mais je me pose aussi une question : a-t-il réellement fallu toutes ces personnes pour me façonner ?
Cela me paraît tellement incroyable, tellement improbable, que j’en arrive aujourd’hui à m’interroger.
À ce stade, je ne sais plus si je suis un acteur, comme tous ceux qui m'ont précédé, un simple acteur qui participe à l’évolution de l'homme, ou simplement un spectateur qui témoigne du passage de toutes ces personnes avant moi.
Je me suis souvent imaginé dans cette situation de spectateur, juché sur un promontoire, et observant mes ancêtres à perte de vue. En mille ans, soit environ 30 générations, il a fallu plus de 2 milliards de personnes pour construire la personne que je suis aujourd’hui. Il faut multiplier le nombre de ses ancêtres par deux à chaque génération et additionner au final toutes les générations pour arriver à ce chiffre. Une seule personne manque à l’appel et je n’existe pas. Ces chiffres peuvent paraître disproportionnés mais sont bien réels. Ils sont également troublants car on comprend rapidement, qu’on ne peut pas continuer à les incrémenter de cette façon sans se confronter à l’absurde. En procédant ainsi, on ne rencontrera jamais le couple originel, s’il existe…
Je me sens si petit et en même temps incrédule face à cette marée humaine. Etaient-ils aussi nombreux que notre histoire le prétend ?
La construction de la toile
Je fais une exception en présentant cette œuvre photographique.
C'est un montage que j'ai réalisé en utilisant une photo familiale, du siècle dernier. Je l'ai choisie pour la foule.
Je l'ai retravaillée en la traitant en niveaux de gris et en floutant légèrement les personnages pour gommer les expressions que je souhaitais, figées dans le temps. Je voulais que le blanc de l'image soit remplacé par du gris pour que les sujets fassent corps avec le fond noir de l'arrière-plan, obligeant ainsi le spectateur à s'approcher pour mieux découvrir une foule dense et compacte. Toutes ces personnes font face au personnage que j'ai placé en premier plan.
Il se détache de l'ensemble, créant une rupture avec la foule. Il la domine, comme juché sur une estrade, il l’observe.