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Le Champ de vision

Le champ de vision, peinture de KORB

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Ma réflexion

Tout existe en théorie. Cependant, n’a de réalité que ce que je suis capable de voir, d’apercevoir ou d’entrevoir. Tout ce qui existe n’existera qu’à l’intérieur de mon champ de vision.
C’est lui qui définit l’étendue de mon monde. Tout le reste est absent et présent à la fois. Absent car je ne vois pas les choses hors champ. Présent car je sais que toutes ces choses sont à ma portée, qu’elles apparaîtront au fur et à mesure qu’elles entreront dans mon champ de vision et disparaîtront dès qu’elles en sortiront.
Imaginez-vous en pleine nuit, debout, dans votre salon sans aucun éclairage. Vous n’y voyez rien. Vous avez le souvenir de toutes ces choses qui vous entourent, mais sans les voir.
Si vous prenez une torche, le rond de lumière que vous projetez devient votre champ de vision et les choses apparaîtront et disparaîtront selon les mouvements de la lampe. Elles disparaîtront, mais vous savez qu’elles seront toujours là et apparaîtront à l’endroit que vous aurez choisi car vous savez que vous les trouverez ici.

Je m’imagine un monde à l’économie. Nul besoin de tout voir autour de moi pour savoir qu’il existe.
C’est un peu comme si on faisait une économie d’énergie, en concentrant l'essentiel à l'intérieur de mon champ de vision.
Lorsque je ferme les yeux, je me retrouve dans le noir complet. Je me sens au milieu de nulle part. Mes autres sens interviennent et prennent le relais pour me recentrer et me situer comme le font, sans doute, les personnes malvoyantes qui réussissent à transformer leurs autres perceptions sensorielles en images...
Ce petit monde qui gravite hors de portée de ma vue continue d’évoluer sans que j’aie besoin de le constater.
Si je prends l’exemple d’un glaçon que je mets dans un verre et que j’abandonne, nul besoin que je le regarde fondre. Lorsque je reviendrai un peu plus tard, je constaterai simplement qu’il a fondu.
Je n’aurai pas assisté à sa transformation. Je n’en découvrirai que le résultat.

Il en est de même pour tout ce qui m’entoure. Les choses continuent d’évoluer à mon insu, hors de mon champ de vision. Et ce n’est qu’en posant à nouveau mon regard sur elles que je les redécouvrirai, telles qu’elles sont devenues.
Cela paraît un peu bizarre comme remarque tant nous sommes convaincus du contraire.
Ce n’est pas si bizarre si je pars du principe que nous n’existons pas. Ce qui me permet d’aborder les choses sous un autre angle. Un angle qui fait travailler mon imaginaire.
Un peu comme dans un rêve où les images n’ont pas besoin d’espace pour exister. Elles sortent tout droit de mon imagination. Elles paraissent présentes, bien réelles.
Un champ de vision qui reste toujours présent et actif, même au cœur de mes rêveries les plus folles.

La construction de la toile

Il n’y a que 3 éléments sur cette toile. Un homme, une torche et un groupe de pots. Ces trois éléments sont reliés entre eux.
Le regard de l’homme et le faisceau de la torche convergent vers un même point, vers les poteries. La main, qui entre dans la toile est porteuse d’une lampe. Elle symbolise l’apport de lumière comme le ferait le soleil. Son faisceau lumineux ne sert qu’à mettre en évidence l’importance de la lumière, grâce à laquelle les choses prennent vie.
Cette lumière attire également le regard de l’homme de gauche. Elle délimite son champ de vision, ce qui lui sera permis de voir. J’ai choisi de mettre des pots, j’aurai pu choisir autres choses. Ils nous font toucher du doigt que les choses n’existent que si elles sont mises en lumière.
Nous savons que d’autres pots sont à proximité. Mais, existent-ils vraiment ? Nous le saurons que lorsque le faisceau lumineux posera son regard sur eux.